Tournoi des 6 nations : le rugby en boutons de manchettes

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Ôde au rugby à XV

Lu sur Agoravox…

C’est une heure marquée dans l’esprit de tous. Le soleil du Nord inonde cette pâle journée d’hiver de ses rayons dorés. La cruelle enceinte se remplit peu à peu. Toute la foule de l’Ovalie attend ce fameux spectacle depuis maintenant bien longtemps. Ces derniers instants sont remplis d’espoir et d’impatience!

Deux grandes ombres se dressent arrogamment sur les ultimes limites de l’arène de rugby. Fières et cruelles, elles semblent délibérément provoquer les humbles combattants. Elles sont l’obsession intime des guerriers, et la bénédiction de la foule toute entière.

La crispation se lit sur les lèvres du peuple. Certains rient, d’autres restent de marbre (certains pleurent ouvertement en se tordant les bras aurait écrit le grand Raoul Duke… pendant que des hordes de voyoux angulaires déambulereaient sur les parkings importunant tout ce qu’ils rencontreraient sur leur passage…).

Entrée sur le terrain

Enfin nos gladiateurs modernes pénètrent dans l’enceinte du tournoi, le teint sombre et concentré. D’intemporelles mélodies sont entonnées par la foule et les combattants et ouvrent les hostilités. Symboles mêmes de bravoure, de courage, de patriotisme, de lutte… Fiers, une poignée de combattants pleure, tandis que l’autre a le regard perdu dans l’infini, mais tous chantent. L’affrontement tant attendu va enfin les libérer. Ensuite viendra l’heure de cette tant vantée troisième mi-temps en « bouton de manchette » où les vaillants guerriers se réconcilieront autour de Bacchus . Mais pour l’heure toute cette tension accumulée doit les transcender dans leur tâche. Le peuple gronde. Lui aussi, se libère, se déchaîne.

Puis, l’affrontement commence. Le rugby. Une lutte pour la domination, le XV des gaulois, sa fierté et son honneur, pour son pays. Les courses chaloupées, les grandes envolées de certains, les rudes affrontements, les terribles impacts, parfois des blessés, qui sortent sous la clameur générale.

Des rumeurs orgasmiques s’élèvent follement des travées du stade. Chaque année, avec le tournoi des 5 nations (puis des 6 nations) c’est la même passion du rugby qui fait chavirer tout un peuple, ressasse les souvenirs vagabonds des luttes d’antan. Les tempes bourdonnent, le coeur bat à tout rompre. La fin du combat s’approche à grands pas. Interminable pour certains, infinitésimale pour d’autres.

Fin de match, 3eme mi-temps

Paradoxalement, la seconde délivrance est marquée par la fin des hostilités. Une partie des combattants est enfin venue à bout d’une citadelle. L’ultime limite, la terre tant convoitée à cédé à leurs impitoyables assauts. Ils crient, ils exultent, la foule est conquise. Glorifiés, adulés, les guerriers font la fierté de leurs aïeux. Enfin, l’ennemi est vaincu, la mémoire des ancêtres est préservée. Place au banquet et au rugby en boutons de manchettes maintenant…

Tant espéré, il sort quelque temps de sa traditionnelle torpeur, pour s’emparer langoureusement de notre âme toute entière. Lui, source d’envie, d’espoirs, de passions, d’affrontements titanesques, d’époustouflantes luttes pour la gloire.

Chaque année, en Février, c’est notre fameux Tournoi des 6 nations qui s’éveille. Il met aux prises depuis maintenant plus d’un siècle les peuples anglais, irlandais, gallois, français, écossais et, depuis peu, italiens. Pour l’Ovalie européenne, le Tournoi des 6 nations a une saveur particulière. Il sonne le trépas relatif de la grisaille hivernale, et annonce les beaux jours du printemps. Les arènes latines et britanniques vont rugir l’espace d’un bon mois, pour combler le bonheur de tous et les mémoires : se rappeler de ces 5 formidables essais marqués lors du tournoi entre 1985 et 1989 par exemple …

Pour chacun de nous, passer l’hiver sans voir le Tournoi est impensable. Au cours des temps, il s’est ancré dans la mémoire collective comme étant le rendez vous incontournable du début de l’année en rugby. Nous faisant revivre d’immortels souvenirs, nous en procurant de nouveaux, loins de la guerre des boutons. Dans nos esprits résonnent les mélopées entonnées par tous ces peuples, et sont ravivées ces formidables épreuves de force et de virtuosité ovale. Les passionnés repensent aux défaites les plus amères, aux humiliations du pays, tout comme aux victoires inespérées, aux grands chelems, aux triomphes sucrés au doux goût d’euphorie, aux revanches à prendre. Tout le monde a un souvenir profond et intime avec le Tournoi. Qu’il s’agisse d’une après midi passée devant le poste avec ses amis, d’un déplacement mémorable dans un stade étranger, ou même tout simplement de la pure et simple joie d’une victoire.

Magique…

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