Hinault et la montagne sur le tour de France
Je ne connais pas ses paramètres physiques mais le Blaireau, outre ses qualités de super rouleur avait une grande science de la course. Il savait être attentiste quand il était sûr de gagner. Et au contraire offensive, quand il était dominé en montagne. Plus d’une fois, il a pu piéger les grimpeurs en montagne en attaquant de loin dans les descentes ou sur le plat. L’étape de Morzine-Avoriaz en 1985 est un chef d’oeuvre de ce point de vue. Il attaque assez fort avec Herrera dans l’ante pénultième col, le Pas de Morgins. Ils ont une petite minute en haut sur les favoris. Et ils creusent l’écart ensuite parce que derrière, il n’y a personne ou presque pour soutenir une poursuite en rouleur. Résultat, 3’ d’avance au pied de Morzine-Avoriaz. Dans la montée finale, Hinault et Herrera ont beau perdre 1’40 sur Delgado et 1’20 sur LeMond-Parra, Hinault a réussi à devancer les grimpeurs sur leur terrain. Grâce à sa stratégie.
Même succès dans l’étape des cols basques en 1986 avec Delgado. Le petit Millar est le seul ou presque à rouler derrière. Grâce à lui, avec 3’ au pied de Marie-Blanque, le groupe des poursuivants revient à 2’40 au sommet du col. Et dans les 40 km de descente-plat pour aller à Pau, c’est le naufrage pour les rivaux de la Vie Claire, bien esseulés, LeMond et Hampsten faisant de la patinette, Millar et Herrera mauvais rouleurs, Zimmermann qui collabore peu. Résultat : 5’30 à l’arrivée sur une étape soit disant de transition alors que la suite du Tour montrera un Hinault franchement dominé par les grimpeurs.
Est-ce que le petit Alaphilippe n’a pas utilisé la même tactique en 2019 sur le tour ?
Armstrong et la montagne sur le tour de France
En plein effort, Lance Armstrong culminait à 110 tours de pédale par minute, contre 80 pour Indurain, Rominger, Riisou Ullrich. L’Espagnol, le Suisse, le Danoiset l’Allemand, malgré leurs cuisses d’acier, n’ont pas autant dominé les montagnes du Tour que l’Américain, que seul un Marco Pantani au sommet de son art aurait pu battre. La seule confrontation entre l’Italien et le Texan, en 2000, a eu lieu alors que Pantani n’était pas à 100 %. Le maillot jaune Armstrong avait torpillé l’escaladeur romagnol à LourdesHautacam, avant de lui offrir avec mansuétude la victoire au Ventoux puis de traiter le Pirate avec mépris dans le col de l’Izoard, se permettant de le dépasser pour mieux le signifier qu’il n’était plus l’aigledes cimes …. Passé du Capitole à la Roche Tarpéienne en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, Pantani se vengea à Courchevel.
Compromis idéal entre le style ailé d’un Pantani et la force brute des Indurain, Rominger et autres Ullrich, Armstrong était donc la synthèse parfaite de la force et de la souplesse.
Mais pourtant, son ami Eddy Merckx lui préférait Pantani dans le style, l’Italien emmenant plus de braquet dans les cols. Le Cannibale estimait qu’Armstrong, faute de panache, faute de mettre du braquet, ne creuserait pas d’écarts significatifs en montagne. L’étude des écarts du champion texan sur ces dauphins dans les étapes avec arrivées au sommet prouve le contraire. En partant à chaque fois dans le dernier col, l’Américain mettait rapidement une dimension d’écart entre lui et la meute de poursuivants acharnés à sa perte.
