Serge Blanco devient un héros en demi-finale de la coupe du monde de rugby, le 21 Juin 1987

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hommage a serge blanco rugby

En Juin 1987 se déroule la première coupe du monde de Rugby, en Australie, mondialisation oblige, quatre ans après le premier championnat du monde d’athlétisme à Helsinki, en 1983.

Mais, en ce temps-là, les packs ne font pas encore trois tonnes, les joueurs ressemblent à des être humains, les deux mi-temps de quarante minutes qui composent toute partie de rugby ne sont encore qu’un prétexte pour préparer les troisièmes. Les joueurs sont amateurs par contre, et rémunérés par des avantages en nature; emploi, logement, reconversion comme employé de mairie… On parle déjà du french-flair, mot signifiant tout, et souvent n’importe quoi, car en ce temps-là la France perd ses rencontres contre l’Angleterre, son meilleur ennemi, non par infériorité physique ou technique, mais par indiscipline, le rugbyman français comme caricature d’Astérix et Obélix, sympathique, rusé mais un tellement con, et après chaque défaite de la France, Pierre Salviac nous apprend que nous avons battu l’Angleterre 4 essais à 3, chaque année durant le Tournoi des cinq Nations, même si la défaite ne souffre aucune discussion, en ce temps-là les essais valent quatre points, soit juste un de plusqu’une vulgaire pénalité. Aujourd’hui, le french-flair aura du sens cependant, ce 21 Juin 1987 à Sydney.

La France est arrivée chaotiquement en demi-finale après une difficile victoire contre les Fidji et un nul contre l’Ecosse, elle rencontre le pays amphitryon comme on dit, celui qui organise l’épreuve. C’est presque la fin, les arrêts de jeu, le score est de 24 à 24 entre la France et l’Australie, Didier Cambérabero vient de remettre le score à égalité alors que le match semblait plié;le sort n’a pas encore choisi, le premier finaliste d’une coupe du monde se cherche. C’est la première demi-finale d’une coupe du monde de rugby, le stade assez champêtre, est rudimentaire. Le vainqueur rencontrera les All black qui ne pourront pas perdre contre l’Ecosse.

C’est la dernière action avant les prolongations, les australiens sont à l’attaque, reculent car la France défend impeccablement et récupère la balle lors d’un regroupement; c’est parti, pour quarante secondes, moins d’une minute, invraisemblable, ce qu’on appellera plus tard «l’essai du bout du monde», au pays du down under, comme une Marseillaise interprétée par Men at Work. Blanco pour Lagisquet, pressé vers la touche, qui effectue une immense chandelle vers l’en but adverse.Pour réaliser ce genre d exploit, il faut toujours un peu de chance, et le meilleur joueur du monde, David Campese se troue à la réception, le pompier Jean Laurieux se jette, se sacrifie, reste à terre, et ca part sur la droite, avec une première percée de Charvet, repris sur les 22, puis ca revient, il ne reste presque plus rien, le ballon va vers la droite…puis Patrice Lagisquet perce la défense wallabies, embarque trois joueurs avec lui, il a fait le décalage pour Rodriguez, il reste quinze mètres peut être, la balle saute, un léger en-avant non signalé par un arbitre prit dans la tourmente, à quoi ca tient la gloire…

Serge Blanco arrive lancé…l’homme qui court le 100 mètres en presque 10 secondes, entre son paquet de Marlboro et son régime cassoulet qu’il continuera bien longtemps après sa carrière sportive. Serge Blanco, l’homme à la double nationalité franco-vénézuélienne, qui marque son attachement indéfectible au Biarritz Oympique, avec qui, hormis une place en finale de championnat contre le Rugby Club Toulonnais en 1992 pour son dernier match de championnat, une victoire dans le Challenge Béguère en 1991 et deux autres places de finaliste – challenge Yves-Du-Manoir en 1989 et Béguère en 1979, il ne gagnera rien. Serge Blanco, couleur Yannick Noah, et pourtant le plus franchouillard de la bande.

L’insoluble évidence du sport

La France du sport compte alors quatre héros avec Hinault, Noah, Prost et Platini . Dans quelques mètres, il y aura Serge Blanco. Ses feintes et surtout sa vitesse pure ne pourront l’arrêter.

C’est étrange cette image dans ce qu’on appelle le monde de l’ovalie, en raison de la forme du ballon, comme s’il tournait rond à ce moment là, comme si pour une fois on pouvait sans ridicule pour une fois parler du «bon vieux temps», qu’il y avait une certaine logique.

Une vingtaine de rangées désordonnées derrière les en buts, un stade un peu en fouillis, à taille humaine, quelques dizaines de français qui viendront sur le terrain avec quelques drapeaux bleu blanc rouge, féliciter les quinze héros, presque comme s’il s’agissait d’une suprématie de canton, tout cela est étrangement humain dans cette première demi-finale de la coupe du monde de l’histoire. Le monde d’hier et de demain se rencontre dans une parfaite et magique harmonie. Une réussite unique, quelque-part entre le gros rouge qui tache et la surmédiatisation internationale des stars du rugby. Comme un acte fondateur indépassable, Blanco le bien nommé, Candide du XXème siècle,est là au bond moment, pour prendre la balle au bond.

Impossible sur le moment de dépasser la joie de la victoire pour voir la rencontre de deux mondes, dans ces quelques foulées, vingt ans plus tard, c’est plus évident, comme un impossible retour en arrière, comme un succès de village, en diffusion international. D’ailleurs, on ne se lasse jamais de revoir « l’essai du bout du monde »,au milieu de nulle part.

Serge Blanco est donc là, c’est le même joueur qui restera toute sa carrière au Biarritz Olympique,par fidélité, qui se retrouve à dix mètres de la ligne, quatre foulées de la première finale de la coupe du monde. Trois, deux secondes peut-être, pour rentrer dans l’histoire, moins. Il se retrouve là presque malgré lui, il ne pourrait plus arrêter sa course de toute façon, même s’il le voulait. Il se jette dans le coin, finit à genoux, lève les bras au ciel. La France est en finale : l’essai de Blanco

Serge Blanco est devenu un héros, vers 8 heures 15.