Histoire de l’Europe du rugby

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Avec les premiers jours d’automne, reviennent les Coupes d’Europe de rugby, petite (Challenge européen) et grande (H Cup). L’invention de cette tradition sportive est récente (1995) soit trente ans après les premiers matchs joués dans la Coupe des champions européens (première dénomination de la Champions League) de football

A l’instar de Gabriel Hanot et de l’Equipe, les dirigeants français ont joué un rôle important dans l’établissement de cette nouvelle compétition. Appuyés par leurs collègues des pays celtes, ils ont su vaincre les résistances anglaises. Le terme de Coupe d’Europe est toutefois un peu usurpé. Dans les faits, il s’agit d’abord d’une sorte de réédition sportive de la guerre de Cent ans à l’exception près que l’Aquitaine est désormais pleine possession française… L’insertion de clubs italiens dans les deux Coupes et celle du champion roumain dans le Challenge crée l’illusion continentale tout en donnant l’occasion aux supporters britanniques d’aller boire du lambrusco et de faire du shopping en Italie.

Cette Europe du rugby n’est pas tout à fait nouvelle. Elle a eu une première existence dans les années trente… c’est-à-dire dans un tout autre contexte. Après de timides essais avant-guerre, le rugby renaît en effet en Italie au début du régime fasciste. Celui-ci met immédiatement en place une politique sportive devant servir à former « l’homme nouveau »  qui doit aussi être un homo sportivus. Le Comité olympique national italien (CONI) et les principales fédérations sont investis. On lance aussi la chasse aux déviances sportives (violences des supporters et corruption) qui accompagnent le développement principal sport spectacle italien avec le cyclisme : le calcio. Augusto Turati, le secrétaire du Parti national fasciste de 1926 à 1930 invente un sport collectif de synthèse, la volata destinée à remplacer le football dans le Dopolavoro le système récréatif mis en place par le régime. Il consacre surtout le rugby comme sport fasciste par excellence. « Je pense – déclare-t-il dans La Stampa du 27 septembre 1929 – que le rugby, comme du reste tous les sports de combat, a été créé spécialement pour notre caractère. L’athlète italien est prodigieusement taillé pour exceller dans tous les exercices qui demandent du courage, de l’ardeur, de la résistance. »

Pour diffuser le rugby qui, nationalisme linguistique oblige, sera également appelé palla ovale et même rugbi (!), les dirigeants du sport italien font appel à des journalistes et entraîneurs français. Gaston Bénac, alors à L’Auto, est mandaté pour couvrir la tournée d’une équipe du Littoral Sud-Est à Milan et Bologne en novembre 1927. Il conclut que « le rugby semble définitivement placé en Italie » et que la « bonne semence est entrée dans le sol italien, si fertile, si chaud » (l’Auto 3 et 4 novembre 1927). La suite, comme on le verra au prochain épisode, fut un peu moins radieux et fortement coloré de brun et de noir.

Mais une Europe du rugby était en train de naître, alors que l’équipe de France était exclue du Tournoi des cinq nations (ancêtre du Tournoi des six nations) à partir de 1931.