Ballon d’Or 2006 : Fabio Cannavaro

Le Ballon d’Or 2006 a été décerné au défenseur italien; à défaut d’être une surprise – les fuites ont été très nombreuses ces dernières semaines-, ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour le sport, ont pensé certains commentateurs de l’époque

Fabio Cannavaro, 33 ans, 1.76m pour 75kg, défenseur italien né à Naples et jouant au Real de Madrid, capitaine de l’Equipe d’Italie, champion du monde en 2006. Voilà pour la fiche signalétique du nouveau roi du football européen, couronné loin devant son compatriote Buffon.

Ici il faut rappeler que le Ballon d’or France Football est décerné par un panel de 52 journalistes spécialisés européens; le trophée récompense le meilleur joueur en activité sur le vieux continent. La définition exacte des critères retenus étant «le Ballon d’or doit récompenser un joueur sur l’ensemble de ses performances individuelles et collectives sur l’ensemble de l’année considérée, sa classe (talent et fair play), sa carrière plus sa personnalité et son rayonnement». Lorsqu’on regarde la liste des récipiendaires on trouve bien sûr les plus grands noms du football: Platini, Zidane, Papin pour les français, Di Stefano, Cruyff, Beckenbauer, Keegan, Van Basten, Ronlado, ou encore Ronaldinho (2005) pour citer quelques uns des prestigieux lauréats. La crème de la crème.

Bien sûr, de temps en temps, le vote est plus discutable comme l’ont été récemment ceux pour Rivaldo (1999) ou Michal Owen (2001), et parfois de très grands joueurs ont été oubliés – Henry, toujours placé mais jamais vainqueur, semble bien parti pour être dans ce cas. Or avec Cannavaro nous sommes clairement en présence d’un votre très étrange, tant sur le plan sportif que sur le plan éthique.

Tout d’abord un argument fréquemment avancé pour justifier ce choix consiste à dire qu’il fallait enfin récompenser un défenseur, car d’habitude ce sont les créateurs, les attaquants qui sont systématiquement valorisés. L’argument ne tient pas la route à double titre. Soit on récompense le meilleur joueur, et dans ce cas on peut trouver au moins une dizaine de joueurs qui ont été plus performants (Henry, Eto’o, Ronaldinho, Lampard…) que Cannavaro cette année, soit on accepte cette entorse au règlement et Buffon, le gardien de but de la Squadra Azzura, lui aussi joueur de la Juve, lui aussi champion du monde, paraît avoir autrement été plus décisif au cours de la saison écoulée. A ce titre il suffit simplement de rappeler que la Coupe du Monde s’est jouée aux tirs aux buts.

Au final Cannavaro n’a pas été le meilleur joueur européen en 2006, ni même le meilleur défenseur. Il a fait une grande Coupe du Monde, point. Et depuis son arrivée au Real il enchaîne les matchs médiocres. D’ailleurs si les journalistes avaient voulu récompenser un grand défenseur italien, ils auraient pu le faire à plusieurs reprises en honorant Paolo Maldini…mais maintenant c’est trop tard. Le sacre de Cannavaro est simplement injuste.

Ce qui est encore plus gênant c’est le «pedigree» de Cannavaro ; en effet il semble être l’un des principaux protagonistes du scandale des matchs truqués du Championnat italien, notamment en jouant un rôle clé dans la mise sous influence des arbitres. Dans tous les cas la corruption du championnat italien a été prouvée et la Juve a été démise de son titre de Champion d’Italie 2005/2006. En somme on peut faire partie d’une équipe qui triche – même si l’implication directe des joueurs n’est pas avérée – et se retrouver quelques mois plus tard au sommet, encensé par la presse

Le même Cannavaro, quelques années plus tôt, était montré dans une vidéo amateur recevant une piqûre dans les fesses tout sourire lorsqu’il était joueur à Parme, témoignant à minima d’une certaine indulgence envers le dopage. Dès lors récompenser ce joueur envoie un signal bien étrange…Quel message! On voudrait déconsidérer la lutte anti-dopage ou l’éthique sportive qu’on ne ferait pas autrement.

Lorsque les journalistes s’étonnent du manque de respect des supporters et des joueurs envers les arbitres, du climat malsain qui règne parfois sur les stades, il devrait aussi faire leur autocritique. En récompensant Cannavaro ils donnent un bien mauvais exemple. En somme il faudra vite oublier le ballon d’Or 2006.